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Les informations quotidiennes du Journal de Pont-de-Vaux

30 Dec

Le pêcheur de Noël

Publié par RAYMOND Michel

Le pêcheur de Noël
Trouver un pêcheur sur le bassin Mâconnais de la Saône, relevait jeudi après-midi, jour de Noël, d'une mission impossible. Finalement, alors que l'astre du jour déclinait à vue d'oeil au-dessus des monts du Mâconnais et que je pensais rentrer bredouille, coup de chance, j'ai trouvé l'un de ces pêcheurs bravant la froidure de l'hiver.
Ce passionné d'halieutisme extrême se trouvait à quelques pas de la voie bleue en rive droite de la Saône, à l'entrée du port de plaisance de Mâcon, où, installé sur un fauteuil par un temps frisquet, il guettait les flotteurs de deux lignes qu'il avait jetées dans la rivière. « Je suis arrivé vers 15 heures, mais avec le crépuscule qui arrive je partirai dans une quinzaine de minutes. Je pêche toujours à ce poste, au verre de terre et à la croquette pour chien. Je pêche surtout du poisson blanc, mais je prends aussi des carpes. La plus grosse pesait entre 5 et 6 kg. Il m'est arrivé aussi de prendre de petits brochets. Je rejette à l'eau tous mes poissons » explique Tahar Ziani qui exerce le métier d'agent de sécurité en surveillance de nuit auprès de plusieurs entreprises de l'agglomération Mâconnaise pour le compte d'une société Dijonnaise. Cet adepte du « no kill » est titulaire depuis 1997 d'une carte de la société de pêche locale : la Parfaite à Mâcon.
« Dans ma famille on a toujours eu la passion des poissons. Chez moi et chez mes frères on a des aquariums dans nos appartements. Originaire d'Algérie, je suis né à Oran, dans ma jeunesse dès que j'avais le temps, j'allais sur la corniche pour pêcher dans la méditerranée et on s'y rendait aussi le dimanche en famille pour pêcher tous ensemble. On prenait surtout des sagros et des salpas ».
Tahar Ziani a quitté son métier de commerçant et de réparateurs de vélos à Oran en 1989 pour retrouver son père à Mâcon qui est invalide guerre pour avoir été amputé d'une jambe après avoir reçu des éclats d'obus dans les premiers jours du siège de Dien Bien Phu. Ses faits d'armes lui ont d'ailleurs valu d'être élevé au rang d'Officier de la Légion d'honneur : « avec mes frères nous voulions l'aider car il est âgé, il vient d'avoir 90 ans, et ne se déplace qu'en fauteuil roulant ».
Sur ces entrefaites, arrive une voiture. Rachida, l'épouse de Thahar Ziani, en descend avec un large sourire. Elle porte un sac d'où elle sort une bouteille isotherme et nous sert un verre de thé à la menthe et de délicieuses pâtisseries d'Afrique du Nord. Tout est bon comme là-bas, soit dit en passant. « Quand je suis à la pêche, je lui demande toujours de venir avec du thé et des pâtisseries » assure-t-il. Mais revenons à la pêche. Question : « comme vous êtes d'origine algérienne, vous devez être musulman. Vous n'êtes donc pas concerné en pêchant le jour de Noël ? ». « Détrompez-vous, ma femme et moi, nous respectons toutes les religions. Je suis musulman, mais je prie chez moi. Quand je donne 20 euros à la mosquée, je donne également 20 euros à l'église catholique » conclut-il avec un regard qui en dit long sur sa tolérance. Beau message d'espoir en ce jour de Noël.
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