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Les informations quotidiennes du Journal de Pont-de-Vaux

26 May

Un nouvel ouvrage de Mme Georgette Soret.

Publié par RAYMOND Michel

Un nouvel ouvrage de Mme Georgette Soret.

Le dernier ouvrage de Mme Georgette Soret a été présenté à une quarantaine de personnes lors d'une conférence donnée par celle-ci à l'annexe de la mairie. L'historienne pontévalloise a cette fois mis sa plume au service de l'association paroissiale Accueil, rencontre, partage, qui a édité cet ouvrage à 200 exemplaires. Intitulé « La mutation d’un village Chavannes-sur-Reyssouze 1850-1914 » cet opuscule tiré des chroniques de deux prêtres : l'abbé Tournier et l'abbé Durlet, conservées dans les archives paroissiales, raconte la vie Chavanoise, pendant 64 ans. « Cette courte période de 1850 à 1914 correspond à une étape essentielle dans l’évolution de Chavannes-sur-Reyssouze qu’il a été possible de comprendre grâce à des documents intéressants » explique Mme Soret. « Ces chroniques de l’abbé Tournier, puis de l’abbé Durlet, fourmillent de renseignements non seulement sur l’exercice de leur fonction, mais aussi sur la vie des paroissiens et sur bien des mesures prises par l’administration communale ».

« La mutation d'un village Chavannes-sur-Reyssouze 1850-1914 » est en vente au prix de 10 € dans trois magasins de la ville. Chez M. Foussard et Mme Peulet (tabac-presse), 12, rue André, Livre à vous (librairie), 53, rue de Lattre, et Atmosphère, 83, rue de Lattre.

 

Texte de la conférence de Mme Georgette Soret.

Une comparaison de la population en France et à Chavannes, exprimée en millions d’habitants, depuis le milieu du XVIIe siècle jusqu’ à 1911, date du dernier recensement avant la Grande Guerre, nous montre une différence fondamentale. On voit que la population française augmente à peu près régulièrement et passe de 20 millions à 41 millions, une progression normale qui suit les améliorations de l’économie. A Chavannes, pendant la même période, on constate qu’elle s’accroît considérablement de 1654 à 1851, puis elle diminue alors brusquement et passe de 1265 à 1058 habitants entre 1851 et 1911. Ce recul n’est pas particulier à Chavannes. Il est lié à l’exode rural qui frappe alors plus ou moins tous les villages ruraux. Mais on a rarement l’occasion de suivre cet événement au jour le jour. Or, la cure de Pont-de-Vaux abrite les archives paroissiales de Chavannes, et, en particulier, les notes écrites presque quotidiennement par deux curés de cette commune à partir de 1859. Ces chroniques de l’abbé Tournier, puis de l’abbé Durlet, fourmillent de renseignements non seulement sur l’exercice de leur fonction, mais aussi sur la vie des paroissiens et sur bien des mesures prises par l’administration communale.

 

CHAVANNES VERS 1850

 

C’est ainsi que dans sa chronique, qui commence peu après 1850, l’abbé Tournier semble nous plonger dans un passé très lointain. Il se souvient, par exemple, avoir vu, dans les hameaux, des paysans vêtus d’une veste courte sur une chemise bouffante à grand col, d’un pantalon large et court, qui rappellent le siècle précédent. Certains étaient coiffés d’un bonnet de coton blanc et tous chaussés de sabots ferrés. Quant aux femmes, quelques-unes portaient encore la robe à manches courtes traditionnelle, dont la taille était remontée jusque sous les bras, et une petite coiffe en mousseline sur leur chignon. Le cadre de vie des paysans n’a d’ailleurs guère changé depuis des siècles. Les petites fermes en pisé ou en pans de bois ont gardé un plan immuable : la ferme comprend un bâtiment qui abrite la « maison » – la pièce commune de l’habitation -, et une ou deux chambres, l’étable et une grange ; de l’autre côté de la cour, dans un bâtiment parallèle, se trouvent le poulailler, le four et la porcherie. Dans la cour, on entasse le fumier, le bois pour l’hiver, mais aussi la paille de la dernière moisson. Dans le bourg du village, le plus ancien bâtiment remonte au Moyen-Age : c’est l’église romane, bâtie au XIIe siècle, au milieu du cimetière. Elle domine le bourg qui regroupe quelques fermes et la maison commune, qui est le siège de la mairie et de deux salles de classe fréquentées par les garçons et les filles. Mais la plus grande partie de la population se disperse dans de nombreux hameaux, près des terres cultivées. En effet, le territoire de la commune se divise en trois zones : au sud, une large prairie borde la Reyssouze; au centre s’étendent les terres fertiles à l’abri des inondations de la rivière; et au nord, les collines boisées sont à peu près vides d’habitants. Sur ces terres parfois ingrates, on vit depuis des siècles de l’agriculture. Grâce à la prairie, on élève beaucoup de bovins : on recense près de 250 bœufs et taureaux et 640 vaches en 1866. Mais une grande variété de produits agricoles est fournie par la partie la plus riche du territoire. On y trouve essentiellement du blé, du seigle, du sarrasin et des raves. Toutes les exploitations cultivent également de la vigne et du chanvre. Il ne faut pas oublier les ruches, qui fournissent du miel – il y en a 359 en 1866. On peut en conclure que la population tire de l’agriculture tout ce qui lui est nécessaire dans sa vie quotidienne. Elle vit donc fermée sur elle-même et dans tous les hameaux se maintiennent des traditions séculaires qui se sont transmises de génération en génération.

DES TRADITIONS TOUJOURS PRESENTES

Le curé Tournier est effaré de voir comment ses paroissiens laissent de vieilles croyances guider leur vie quotidienne. On peut certes se demander si tous les habitants se laissaient vraiment influencer, par exemple, par ce dicton qui assurait que « lorsqu’on va à la foire,… si on rencontre un homme avant de rencontrer une femme, c’est le présage d’un malheur ; l’opposé est le présage d’un bonheur ». Mais le plus souvent, les proverbes concernent les travaux habituels, comme celui qui affirme que « filer [le chanvre] entre le Jour de l’An et les Rois fera partir les abeilles ». Les jours de fête populaire qui mêlent superstition et religion- comme le pèlerinage de la St Antoine, le 17 janvier, pour demander la protection des cochons - ne plaisent guère à l’abbé Tournier. Il déplore surtout que ses paroissiens ne respectent plus le repos dominical. Il écrit en 1863 : « Le dimanche, le maître de maison va au moulin s’il ne trouve pas d’autre occupation ; la maîtresse fait du pain ou sèche la lessive ; le domestique va voir ses parents ; le jeune homme va au cabaret ; la fille coud ou danse ». C’est sans doute vrai, car la politique anticléricale de la Révolution a laissé des traces. Mais l’abbé Tournier reconnaît, en 1865, que « 705 personnes ont fait leurs pâques ». Et il reconnaît aussi que l’on  célèbre toujours avec ferveur la fête de saint Martin, le patron de la paroisse : c’est la saint Martin d’été, qui est alors fixée le premier dimanche de juillet. Ce jour-là, une grande procession suit la statue du saint que l’on sort de l’église et que portent les conscrits.

En somme, la population est restée fidèle aux traditions, comme dans beaucoup de villages, en particulier dans ceux qui restent isolés en raison du manque de voies de communications. Voyons le cas de Chavannes. Vers 1850, la commune n’est traversée que par une seule route empierrée et toujours carrossable, la route départementale qui va de Pont-de-Vaux à Saint-Trivier. Mais cette route est particulièrement mal située : elle traverse la partie nord de la commune, très peu peuplée et proche de la zone boisée inhabitée. En dehors de cette route, le chemin de Pont-de-Vaux à Mantenay est souvent impraticable, proche des zones inondées par la Reyssouze. Et si le village est sillonné de nombreuses charrières, les chars et les tombereaux s’y embourbent dès qu’il pleut en abondance. De plus, elles sont mal entretenues depuis longtemps : on peut rappeler une lettre du préfet qui, en 1829, rappelait qu’il fallait garder la terre de curage des fossés pour remettre des chemins en état ! Si la commune veut s’ouvrir au monde extérieur et moderniser le cadre de vie des habitants, elle doit absolument améliorer ses voies de communications.

 

DES EFFORTS D’AMELIORATION.

 

Les communications.

Une loi de 1836 aurait dû d’ailleurs l’y contraindre : elle faisait obligation aux communes d’entretenir les chemins vicinaux en imposant 3 jours de prestations en nature à chaque propriétaire ou fermier. Mais comment faire à Chavannes ? La commune compte environ 60 kilomètres de chemins et, surtout, elle n’a pas de pierre pour les entretenir. Il lui faut donc prendre des mesures exceptionnelles, trouver du gravier et surtout acheter de la pierre, qu’elle fera venir de St-Martin-Belle-Roche. Les travaux entrepris après 1850 vont améliorer principalement la route de Pont-de-Vaux à Mantenay qui traverse le bourg du village. La véritable ouverture sur l’extérieur se fera à la fin du siècle avec l’installation du chemin de fer. En 1861, avait été achevée la construction du PLM – la voie Paris-Lyon-Méditerranée – mais elle suit la rive droite de la Saône et n’est guère utile à Chavannes. C’est seulement en 1889 qu’une lettre du préfet annonce l’établissement d’une ligne entre Trévoux et Saint-Trivier-de-Courtes, le long de la route départementale et, en 1897, Chavannes a sa gare. Au début du 20e siècle, il est possible aux habitants d’aller à Pont-de-Vaux en 21 minutes, et le trajet leur coûte 25 centimes… C’est alors que les grandes villes deviennent facilement accessibles, et les paroissiens de Chavannes purent en juger le 8 septembre 1908, une journée mémorable. Ce jour-là, l’abbé Durlet les emmène en pèlerinage à Lyon. Ils quittent Chavannes à 4 heures ½ du matin pour aller prendre le tramway de Pont-de-Vaux à Fleurville, puis le train de Lyon, et arriver à la gare de Lyon-Saint-Paul à 9 heures. Ils passent 3 heures à Fourvière, puis ils visitent la ville, vont jusqu’au Parc de la Tête d’Or, et ils reviennent en fin d’après-midi à Vaise prendre le train à 5h1/2. A 10h1/2, ils sont de retour à Chavannes, harassés, mais ils garderont un souvenir ébloui de leur premier contact, pour beaucoup, avec une grande ville. Les routes améliorées et la nouvelle voie ferrée vont aussi faciliter le transport des marchandises, et, en particulier celui de la pierre, dont on a besoin pour entretenir ou construire les bâtiments publics.

 

L’église.

L’église est dans un état déplorable. Son clocher, abattu pendant la Révolution, a été reconstruit dès 1820, mais le manque d’entretien qui a suivi se révèle désastreux. Le conseil municipal reconnaît en 1860 que dans le plafond qui recouvre la nef, il y a une large ouverture et que l’on est obligé de soutenir une poutre avec un tronc de peuplier mal écorcé ! De plus, les plombs des vitraux sont tombés, et, du côté nord, pour que les fidèles ne sentent pas trop la bise pendant les offices, on a tendu des toiles de coton devant les baies. Les conseillers reconnaissent aussi que l’église est trop petite. Ils calculent même qu’il y a dans la commune 975 individus adultes « pour lesquels il faudrait un espace de 480 m² et qu’il en manque 283 au moins ». D’ailleurs, si les femmes disposent toutes d’une chaise, seuls 80 hommes peuvent s’asseoir ! Après de longues discussions, on décide d’allonger la nef de six mètres et de remplacer le plafond par des voûtes en briques. Les travaux commencent en 1864. On commence par abattre le porche qui abritait le portail d’entrée, puis la façade pour la placer à six mètres en avant, mais le porche ne fut pas rétabli. Les voûtes sont construites. Puis on gratte les murs à l’intérieur de la nef pour les crépir, et on découvre d’anciennes peintures qui recouvraient autrefois l’ensemble des murs de l’église. Malheureusement elles sont en trop mauvais état pour être conservées. Il était prévu également d’agrandir le chœur, mais la municipalité ne dispose plus d’aucun crédit. L’abbé Tournier lance donc une souscription auprès des paroissiens qui y répondent très favorablement – à l’exception de quelques-uns que l’on surnomma « les sans-chœur ». Ils acceptent également d’aller chercher la pierre nécessaire à la construction qui arrive de St-Martin-Belle-Roche par bateau au port de Pont-de-Vaux. Mais l’église perdit son abside romane en demi-cercle : il revenait moins cher de construire un chœur à pans coupés, tel qu’il est encore aujourd’hui. L’édifice terminé, il fallait le meubler. On put réutiliser une partie de l’ancien mobilier. La nouveauté fut une tribune, offerte par le député Michel Poisat qui donna celle de l’ancienne église de Saint-Bénigne, démolie pour être reconstruite. Puis l’église fut progressivement embellie : une bienfaitrice de la paroisse, Mme Soullier, veuve d’un mégissier de Pont-de-Vaux, offrit un de ses tableaux, une copie de la Vierge à la Chaise de Raphaël. Surtout, à la fin du siècle, un peintre amateur décora l’entrée du chœur de plusieurs toiles marouflées, en particulier une Nativité et une Crucifixion, au dessin très sobre. C’est l’œuvre de l’abbé Paul Taconnet, qui avait été professeur au collège de Thoissey, et qui, à la fin de sa vie, décora ainsi plusieurs églises de la région. La reconstruction de l’église avait lourdement grevé le budget de la commune, d’autant plus qu’elle devait au même moment se préoccuper de l’installation d’une école pour les filles.

 

L’école des filles.

En 1850, les filles allaient à l’école dans la maison commune, puis, dix ans plus tard, la municipalité avait aménagé une vieille ferme où pouvait également loger la maîtresse. Mais en 1866, les conseillers municipaux considèrent «  que ce local est devenu non seulement insuffisant mais tout à fait impropre à son usage à tel point que les parents hésitent à envoyer leurs enfants à l’école ». Mais, faute de ressources, on ne peut rien entreprendre. Il fallut attendre que le curé Vivet – le successeur de l’abbé Tournier – prête 11000 francs à la commune pour que la situation se débloque. Un projet est fourni par un architecte de Pont-de-Vaux en 1870. La guerre ayant arrêté la construction, c’est seulement trois ans plus tard que l’on commence à élever une maison d’école près du bourg. Le projet fourni est simplifié, mais une grande salle de classe de 82m²50 peut recevoir 85 écolières. Quant aux garçons, ils restent dans la maison commune : ils sont 90 dans une salle de 148m² ! Malgré une installation parfois précaire, l’instruction des enfants était donc bien assurée. Une statistique établie en 1866 constatait déjà que sur 663 habitants de plus de 20 ans, 288 hommes et 128 femmes savaient lire et écrire. En 1869, de plus, avait été créé un cours pour adultes. Le développement de l’enseignement ne pouvait que contribuer à sortir le village de sa routine et à lui faire connaître une vie nouvelle.

 

UNE VIE NOUVELLE

Evolution de l’agriculture.

Sous le Second Empire, la vie économique est en pleine expansion en France. Aux alentours de Chavannes, à mesure que les routes deviennent praticables, les foires et les marchés se multiplient. Ceux de Pont-de-Vaux prennent de plus en plus d’importance. Le trafic explose lorsque les portes du Mâconnais lui sont ouvertes, ce qui se fera d’abord en 1861, lorsque le péage est supprimé sur le pont de Fleurville, puis en 1900 lorsque circule le tramway entre Pont-de-Vaux et Fleurville. Les grandes villes, de plus en plus facilement ravitaillées, obligent peu à peu l’agriculture à s’adapter à leur demande. Dès la fin du XIXe siècle, on voit à Chavannes croître le rôle de l’élevage qui fournit de la viande ou bien des fromages et du beurre aux citadins. On comptera 810 vaches en 1911. Les cultures font aussi une plus large place au blé – qui sert à la fabrication de pain blanc, et aux plantes fourragères qui permettent d’améliorer la qualité des troupeaux. En revanche, les produits fabriqués dans les villes arrivent plus facilement à la campagne. Ils sont fournis en grand nombre par l’industrie, et concurrencent les produits locaux. Par exemple, on voit décliner l’élevage des abeilles : le sucre remplace le miel, et à Chavannes, les ruches ont disparu des statistiques en 1911. Une culture traditionnelle recule aussi de façon spectaculaire, celle du chanvre. Alors qu’il entrait dans les principales ressources au milieu du XIXe siècle, il ne couvre plus que 2 ha en 1911. On fait davantage de commerce, on circule davantage, et l’instruction se répand davantage après l’établissement de l’école obligatoire en 1882.

 

Des idées nouvelles.

D’une façon générale, on se tient de plus en plus au courant de la vie de la nation en lisant les journaux. Et peu à peu, on s’intéresse aux opinions politiques parties de la capitale. C’est un phénomène nouveau. En effet, si la vie politique française fut assez agitée au milieu du XIXe siècle, la Révolution de 1848 et l’établissement de la Deuxième République n’avaient guère laissé de traces dans les campagnes. Ensuite, tous les électeurs de Chavannes ont fait preuve de la plus grande fidélité envers le gouvernement. La preuve en est donnée par les 3 plébiscites qui ont eu lieu entre 1850 et 1870 : ils furent approuvés par 100% des votants (exception faite d’un bulletin nul en 1852 !). On les verra même voter en majorité aux élections législatives de 1875 – 5 ans après l’établissement de la Troisième République – pour le comte Le Hon, le candidat conservateur qui avait été le candidat officiel du Second Empire. Il faut peut-être préciser qu’à cette époque, il avait été conseiller général du canton, et il avait créé en 1865 le premier concours de volaille de Pont-de-Vaux. C’est après 1890 que se manifeste une nette évolution politique: les idées républicaines sont alors bien implantées, et ce sont les radicaux de gauche qui vont l’emporter à Chavannes au début du siècle. Ce revirement est dû pour beaucoup au docteur Herbet, de Pont-de-Vaux, qui avait été élu conseiller général puis député, et dont l’influence fut prépondérante dans la commune. Un autre événement local va aider la progression des idées radicales : en 1898, les sœurs de St Joseph qui enseignaient depuis 20 ans à l’école des filles, se retirent et sont remplacées par des institutrices laïques.

 

La Séparation de l’Eglise et de l’Etat.

C’est donc un village acquis à la République qui apprend, à la fin de 1905, que le gouvernement a voté la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Pour n’en rappeler que l’essentiel, cette loi garantit la liberté de conscience et du culte, mais dorénavant l’Etat ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Malheureusement, cette loi a été établie sans demander l’avis de la papauté, et le pape Pie X en refuse l’application. Quelques tensions surgissent donc dans certaines paroisses. A Chavannes, le seul incident notable eut lieu lorsque le receveur municipal de Pont-de-Vaux voulut faire l’inventaire des biens du clergé en 1906. C’était un incident minime puisque le curé se contenta de lire la protestation de l’évêque. Celui-ci s’oppose à cet inventaire en particulier parce que ces biens sont dus à la générosité des fidèles, qu’ils appartiennent donc en propre à l’église, et qu’il s’agit par conséquent d’une violation du droit de propriété. Mais, sa lecture faite, l’abbé Durlet laisse le receveur procéder à l’inventaire, et il pourra lui-même reprendre ses fonctions comme par le passé. Il fut beaucoup plus difficile de régler le sort de la cure. Elle est devenue propriété communale par la loi de 1905. Si le curé veut continuer à y loger, l’évêché doit payer un loyer à la commune. La municipalité de Chavannes le fixe à 100 francs par an, plus les charges. L’évêque refuse, proposant 50 francs au maximum. Les négociations durent plusieurs mois. La municipalité se décide finalement à réduire ses exigences lorsqu’elle apprend que dans la commune voisine de Saint-Etienne-sur-Reyssouze, le curé est parti faute d’entente entre le maire et l’évêché. Ni la municipalité de Chavannes, ni l’évêché ne veulent arriver à une solution aussi radicale. Le presbytère sera finalement loué 80 francs par an, plus les charges. Il restait une question en suspens : celle du traitement de l’abbé Durlet. Selon la loi de Séparation, il ne sera plus payé par l’Etat. Cependant, il est prévu que les prêtres en exercice continueront à être rétribués à un taux variable en fonction du nombre d’années passé au service d’une paroisse. Le curé de Chavannes toucherait la moitié du salaire qu’il percevait en 1905. D’une façon générale, cette rétribution ne permettait pas aux desservants de subvenir à leurs besoins. Le diocèse lance en 1906 une souscription qui doit être levée dans chaque paroisse. L’abbé Durlet va donc faire la quête pendant deux jours, visitant 245 maisons pour recueillir finalement 252 francs. 78 familles ont refusé leur participation, mais ce qu’on appellera « le dernier du clergé » s’installe et, en 1907, il rapportera plus de 400 francs. Les paroissiens restent donc pour la plupart attachés à leur curé. Mais de petits incidents montrent que les traditions ancestrales commencent à s’effriter : en 1908, par exemple, pour la première fois, les conscrits refusent de porter la statue de saint Martin le jour de sa fête et, pour la première fois également, un petit garçon ne fait pas sa première communion. Il faudrait cependant retenir à sa décharge qu’il habitait loin du bourg, au moulin de Haute-Serve, et que l’enseignement du catéchisme, ne faisant plus partie des programmes scolaires, était fixé à 7 heurs du matin ! Au début du XXe siècle, on peut dire que Chavannes a retrouvé son calme : la loi de Séparation s’applique sans difficultés, l’agitation politique qui avait légèrement troublé la vie de la commune s’éteint, le village a réussi à s’ouvrir au monde moderne et a essayé d’adapter son agriculture traditionnelle aux demandes d’un commerce de plus en plus florissant. Mais l’évolution de la population ne reflète pas un village prospère ; elle passe de1275 habitants à 1058 en une soixantaine d’années.

 

LE DECLIN DE LA POPULATION

Cette chute continue s’explique d’abord par la persistance des anciennes méthodes de culture. Malgré des efforts d’adaptation certains,  le bocage reste immuable, avec ses petites parcelles entourées de buissons. Ces parcelles ont d’ailleurs eu tendance à devenir de plus en plus petites depuis la Révolution de 1789 qui a supprimé le droit d’aînesse, ce qui a encouragé le partage des propriétés entre les nombreux enfants d’une famille. On continue donc à employer un outillage trop routinier, bien que les charrues et sarcleuses se perfectionnent. De plus, les haies plantées d’arbres nuisent aux cultures. Le conseil municipal en est conscient et essaie de limiter les plantations d’arbres. En 1882, le préfet avait proposé de mettre des platanes et des peupliers sur les accotements de la route de Pont-de-Vaux à Saint-Trivier. Les conseillers avaient fait remarquer que ces arbres ne sont d’aucune utilité et « qu’ils portent un grand préjudice aux terrains environnants des deux côtés de la route par leurs racines épuisantes, et du côté nord par leur ombrage ». Mais le bois est alors indispensable dans la vie quotidienne de tous les habitants, et il n’est guère possible de faire évoluer les coutumes. Les rendements agricoles restent donc très faibles : celui du blé, par exemple, au début du siècle, varie entre 9 et 15 quintaux à l’hectare suivant les années. Ce rendement est en effet très variable, car les récoltes dépendent avant tout des conditions météorologiques et toute cette période a connu des intempéries désastreuses. Entre 1850 et 1900, il y eut souvent des orages extrêmement violents : l’abbé Tournier raconte celui qui survint le dimanche 16 août 1863. Les deux marguilliers avaient sonné les deux cloches dans l’espoir de disperser les nuages. Mais la grêle ravagea toute la campagne. On peut citer beaucoup d’autres intempéries, variables d’une année à l’autre. En voici quelques exemples, pris au hasard : en 1859, il a commencé à neiger au début d’octobre ; en 1866, il a plu toute l’année ; en 1893, la sécheresse fut telle qu’on ne récolta ni foin ni regain ; en 1906, il ne tomba pas une goutte d’eau entre le 24 mai et le 5 novembre ! Et entre le 26 et le 28 septembre, la température descendit jusqu’à -6 degrés, gelant le blé noir, ce qui est tout à fait exceptionnel. Mais c’est surtout l’année 1910 qui est restée dans les mémoires : il a commencé à pleuvoir le 15 mai, et la pluie ne cessa pas pendant des mois. La prairie baigna dans l’eau tout l’été. Et le 17 novembre, la pluie fit place à la neige… Les récoltes furent donc catastrophiques. Ces calamités contribuent à réduire les revenus des paysans. Ces revenus sont si faibles que dès 1850, les petits propriétaires vont se séparer de leurs domestiques, qui partiront gagner leur vie ailleurs. Bientôt ce sont les petits exploitants qui les suivent, et vont tenter leur chance dans les centres industriels ou les grandes villes. Par ailleurs, si les progrès de la mécanisation sont très lents, ils limitent les besoins en main-d’oeuvre : par exemple, les trois machines à battre qui circulent dans la commune dès 1850 mettront vite fin à l’emploi des fléaux après la moisson. Mais vers 1900 intervient un autre facteur qui accélère le déclin de la population. Au XIXe siècle, le taux de natalité avait toujours été très élevé : il naissait environ 30 enfants par an dans la commune. Il se réduit nettement : on passe à une vingtaine de nouveaux-nés après 1900. Et la dépopulation s’accentue… En 1911, Chavannes ne compte plus que 1058 habitants - c’est-à-dire moins qu’en 1806, un siècle plus tôt. Depuis 1850, la commune a perdu 16% de sa population. Faut-il en conclure que Chavannes est un village particulier et que tous les autres ont continué à grandir pendant cette période ? Restons dans le canton. On peut constater que pendant la même période, une seule commune a moins régressé que Chavannes, c’est Boissey, qui perd seulement 13% de sa population. Mais Pont-de-Vaux, qui vit pourtant autant du commerce que de l’agriculture, en a perdu 21%. Et le recul devient spectaculaire dans quelques communes comme Reyssouze, où il atteint 30% ou Ozan, où il atteint son maximum, 31%, soit presque le tiers de ses habitants. Chavannes, avec son recul de 16%, a donc relativement bien résisté à l’exode rural qui dépeuple les campagnes. Et la comparaison avec les communes citées permet de comprendre cette stabilité relative. Les communes les plus touchées par cet exode rural sont celles qui étaient les mieux desservies par les voies de communication. A Ozan, la route nationale et la voie ferrée traversent le village, qui est ainsi mis en relation rapide avec Mâcon. Reyssouze est desservi par les mêmes moyens de transport et par le tramway de Pont-de-Vaux à Fleurville. Quant au territoire de Boissey, il reste à l’écart de toutes les voies de circulation importantes et des grands centres urbains.

L’isolement relatif de Chavannes-sur-Reyssouze a donc limité le dépeuplement de la commune mais il n’en est pas moins important et la Grande Guerre qui commence en 1914 ne fera que l’accentuer. La paix revenue, la commune ne pourra pas retrouver les 1265 habitants qui en faisaient une des plus grosses communes du canton au milieu du XIXe siècle.

 

 

Georgette Soret

 

 

 

 

 

 

 

Un nouvel ouvrage de Mme Georgette Soret.
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